IN MEMORIAM

HOMMAGE A JEAN OESTREICHER

Le Directeur de Foyer Jean OESTREICHER (PCDF) est décédé le 30 juin 2008, à l'âge de quatre-vingt-un ans.

Ses obsèques ont eu lieu à Bourgogne (51100), le vendredi 4 juillet 2008.

Nos camarades de la section de Lorient, Daniel Larcher et André Cloatre y représentaient notre Amicale. A cette occasion, le CF(er) André Cloatre a prononcé l'allocution suivante :

 

Notre ami Jean Oestreicher nous a quitté après une longue maladie. Ses amis de la Marine Nationale ont tenu à venir lui dire un dernier adieu, lui témoigner leur reconnaissance et entourer sa famille éprouvée par sa disparition.

 

Jean Oestreicher était né le 24 mars 1927 à Rilley la Montagne. Après ses études au collège des Jésuites de Reims et à la Sorbonne, il entre dans la Marine en 1952 un peu comme on entre en religion. Il est engagé comme assistant de foyer civil chargé de l’accueil et de l’animation des loisirs des matelots et quartiers maîtres. L’institution des Foyers est encore naissante et il fera partie des pionniers qui auront une action déterminante pour son avenir.

Affecté comme assistant de foyer à l’école des Fusiliers Marins à Sirocco en Algérie puis à la Base Aéronavale de Kouribga au Maroc, il est désigné en 1956 comme directeur du Foyer de l’Ecole des Fourriers à Cherbourg puis au Foyer des Equipages de la Flotte de Toulon.

En 1964 il est désigné comme sous-directeur des foyers de l’arrondissement maritime de Brest.

Connu pour ses qualités de pédagogue, l’Etat Major de la Marine le désigne en 1966 comme directeur des études du Centre Interarmées de Formation d’Animateurs qui vient de se créer à Angoulème.

En 1970 la direction du personnel militaire de la Marine lui demande de prendre la direction des foyers de l’arrondissement maritime de Lorient.

En 1975 il est désigné comme directeur du groupe des foyers du Centre d’Expérimentations du Pacifique à Papeete.

De retour de Polynésie, il est affecté à Paris à la direction du personnel militaire de la Marine où il occupe durant plus de 8 ans la fonction importante de responsable des foyers au bureau des activités sociales et sportives.

Il prend sa retraite en 1986 après une carrière consacrée au service des équipages avec le rang de directeur de foyer hors classe. et se retire à Bourgogne.

Il était titulaire de nombreuses décorations : médaille de la Jeunesse et des Sports ,Officier des Palmes Académiques et Officier de l’Ordre National du Mérite dont vous pouvez voir le drapeau dans cette église. Il garde toujours le contact avec les Foyers de la Marine et avec ses anciens collaborateurs auxquels il continue de prodiguer ses conseils avisés. Il a été de nombreuses années le secrétaire général de l’amicale du personnel civil de direction des foyers de la Marine et continuera d’entretenir des relations épistolaires et téléphoniques avec ses fidèles amis qui venaient lui rendre visite à Bourgogne.

 

Monsieur Oestreicher a marqué toute une génération d’assistants de foyer : il faisait partie de ces directeurs de foyers qui considéraient leur métier comme un véritable sacerdoce. C’était un homme de cœur qui ne supportait pas la médiocrité et qui suscitait l’admiration, le dévouement et l’affection de ses subordonnés. Son engagement absolu, sa personnalité, ses compétences, et son sens des relations humaines lui ont valu une réputation de chef incontesté, d’homme de caractère d’une grande droiture. Doté d’une grande culture, il maîtrisait les richesses et les arcanes de la langue française et s’en servait pour convaincre ses interlocuteurs, n’hésitant pas à utiliser parfois un humour décapant. Il savait mettre son ardeur, son opiniâtreté, toute sa foi et son énergie pour la cause du bien être des équipages. Son dévouement admirable et sa grande capacité de travail lui donnaient une telle envergure que l’Etat Major de la Marine lui a confié durant huit ans la direction centrale de ses foyers. Durant ce temps il a effectué une gestion très personnalisée des assistants de foyers dont il connaissait parfaitement les qualités intrinsèques, la personnalité et le potentiel de chacun d’entre nous.

 

Jean Oestreicher était également un passionné de musique et un organiste confirmé, n’hésitant pas à mettre son talent au service des paroisses lors de ses différentes affectations. En 1970 il faisait partie de l’équipe qui a créé le Festival Interceltique de Lorient qui voit cette année sa 38ème édition. Il a été organiste à l’église Saint Louis de Lorient : je me souviens encore de la messe bretonne du festival animée par l’orgue et la bombarde.

Sa famille m’a rapporté qu’il a porté le projet de l’orgue de Bourgogne et il a eu la grande joie d’assister à son inauguration en septembre dernier. Personnellement je lui suis gré aussi d’avoir réussi à convaincre le recteur de ma paroisse de Ploumoguer, située à la pointe du Finistère, de restaurer les orgues de notre église.

 

Que dire encore de lui sinon qu’il avait un égale considération pour tous les marins quelque soit leur grade , qu’il soit matelot ou amiral. Lors de la cérémonie du centenaire de la naissance du fondateur des foyers de la Marine le 31 mai 1990, au foyer du Centre d’Instruction Naval de Brest, le vice-amiral d’escadre Dominique Lefebvre, Préfet Maritime de la Région Atlantique, qui regrette de ne pouvoir être des nôtres aujourd’hui, disait ceci et je le cite :

« Mon indéfectible ami Oestreicher. C’est aux côtés de directeurs de foyers comme lui, que jeune Officier, j’ai appris une part importante sinon la plus belle de mon métier : la considération qu’il faut avoir pour les équipages au service de la Marine. L’institutions des foyers est un élément essentiel de la qualité de vie de nos marins. Car au delà des services concrets qu’elle peut rendre, elle donne à notre communauté sa plus belle dimension : celle du cœur. »

 

Jean Oestreicher avait fait sienne la devise de Mr Grandperrin, fondateur des Foyers :
« Aimer son métier et y croire. Consacrer sa vie et donner tout ce que l’on a de meilleur en soi ».

 

Monsieur Oestreicher était un homme de cœur, de ceux qui vous accueillent, qui vous écoutent, qui vous soutiennent dans vos projets, et vous montrent la voie à suivre, de ceux dont le bon sens naturel et la générosité aplanissent les difficultés, créent l’élan qui vous rassemble et vous unit. Il faisait partie de cette chaîne d’hommes qui, à travers les générations et tout simplement, apportent un humanisme généreux permettant au monde d’avancer. Les hommes de cette valeur sont rares et il faut en rencontrer au moins un dans sa vie.

Pour moi il a été le chef qui m’a le plus marqué dans ma carrière. Je l’ai connu en 1967 au Centre Interarmées de Formation d’Animateurs d’Angoulême alors que j’étais matelot animateur de loisirs. Je me suis inspiré de ses enseignements qui ont toujours guidé mon action et efforcé de suivre son exemple tout au long de ma carrière. Je lui reste profondément reconnaissant.

 

Monsieur le Directeur, Mon Cher Jean,
En s’engageant au service des marins dans les foyers de la Marine, en nous montrant l’exemple, tu as donné aux assistants de foyer la possibilité de vivre pleinement leur mission sociale. Tu nous as transmis, le flambeau, le « feu sacré », cette flamme que j’arbore aujourd’hui sur mon uniforme. Pour tout cela nous ne pourrons t’exprimer assez de gratitude. Très exigeant dans le travail, surtout avec toi-même, tu avais aussi un sens aigu de l’accueil et de la convivialité. Présent à tes côtés pour t’accompagner dans ta dernière demeure auprès de tes parents, je me remémore, à cet instant, les moments forts vécus en ta compagnie à Angoulême, Lorient, Tahiti, Paris. C’est au fond de son âme, là où viennent se réfugier tous nos souvenirs communs, que l’on ressent à présent ton départ.

 

Aujourd’hui, la place est au recueillement, au besoin d’intimité de notre peine. ¨Perdre à la fois un ami, un guide, un maître et un père spirituel exige une pudeur dans le chagrin et la tristesse. Notre pensée et notre affection s’adressent également à ta sœur et à toute ta famille. Je le sais, il y avait aussi beaucoup de place dans ton cœur pour eux.

Adieu Jean, tu as servi la Marine, ses équipages et ses foyers avec loyauté, honneur et fidélité. Nous te remercions pour ton engagement social. Nous ne t’oublierons pas : tu resteras pour nous un exemple. En respectant ta mémoire, nous poursuivrons ton œuvre. Continue longtemps à veiller sur nous et à guider nos pas. Nous prions pour toi. Repose en paix.

Kénavo d’hor baradoz ! (breton) Au revoir au paradis

 

Le CF(er) André CLOATRE